Mireille Alphonse présente deux délibérations et un voeu sur sa délégation à l'alimentation

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs mes cher.es collègues,

Mesdames et Messieurs les Montreuilloises et les Montreuillois,

En avril dernier, lors du premier confinement, notre municipalité distribuait des chèques alimentaires à plus de 3000 familles ! Privées de leurs emplois, ou avec des contrats de travail à durée très réduite, 3000 familles montreuilloises ne disposent plus de revenus suffisants pour pouvoir manger à leur faim !!!

Dans un autre domaine, celui de la santé publique, les équipes pédagogiques de nos écoles alertent depuis des années sur une situation très préoccupante : dans les quartiers où vivent les familles les plus modestes, l'obésité infantile est devenue une véritable épidémie, avec des taux d'augmentation de plusieurs points d'année en année.

Précarité alimentaire, problèmes graves de santé publique : les questions liées à la qualité de l'alimentation et à l'accès de toutes et tous à cette qualité sont désormais au cœur de nombreuses préoccupations, dans tous nos esprits.

  • Puisque nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à constater les effets d'une alimentation de qualité médiocre sur nos santés (trop de sucre, trop de graisses, présence de néonicotinoïdes dans nos fruits et légumes… facteurs qui se cumulent et causent des diabètes sévères, des maladies cardio-vasculaires et certaines formes de cancers) ;

  • puisque nous jugeons indigne et littéralement intolérable qu'un pays comme la France laisse des millions de ses concitoyens souffrir de la précarité alimentaire ;

  • puisque nous nous alarmons de savoir que la France, ce pays auparavant si fertile, voit d'un côté le tiers de ses agriculteurs vivre avec moins de 350 euros par mois et de l'autre, ses terres agricoles disparaître au rythme de l'équivalent d'un département tous les 7 ans sous l'effet de l'expansion urbaine ;

  • puisqu'enfin, nous trouvons aberrant que le troisième poste responsable des émissions de gaz à effet de serre dans une métropole comme celle où nous vivons, soit celui de la logistique alimentaire – certains des produits que nous mangeons ayant parfois parcouru des dizaines de milliers de kilomètres avant d'arriver dans nos assiettes ;

ALORS nous pouvons, nous devons prendre les choses en mains !

José Graziano Da Silva, ancien directeur général de la FAO (organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) de 2012 à 2019, résume la situation dans laquelle nous nous trouvons en un chiffre : 80 % des aliments produits dans le monde sont désormais consommés en zones urbaines.

Nos responsabilités sont donc là : pour répondre à tous les dysfonctionnements et désordres majeurs liés au fait de se nourrir dans nos villes, nous devons :

  • dire ce que nous voulons,

  • réfléchir aux conditions d'une nette amélioration de l'accès pour toutes et tous à des produits frais, bio, en circuits courts,

  • et travailler ensemble au sein de nouvelles coopérations afin de construire les solutions dont nous avons besoin.

C'était une promesse de campagne, c'est désormais un engagement de notre majorité. Et ce n'est pas une formule creuse ! Je souhaite en effet ici, avant de vous présenter les modalités de notre action, souligner la transversalité de cette nouvelle politique publique, impulsée par M. le Maire et sur laquelle travaillent déjà, en co-construction, plusieurs de mes collègues : Florian Vigneron et Halima Menhoudj pour la précarité alimentaire, Dominique Attia pour la restauration scolaire, Danièle Creachcadec pour la petite enfance, Olivier Madaule pour la santé publique, Michelle Bonneau pour les personnes âgées, Frédéric Molossi auprès des commerçants, Julien Consalvi pour la démocratie participative, Luc Di Gallo pour la lutte contre le gaspillage alimentaire, Murielle Bensaid pour les AMAP ou Paule Guérin pour les jardins familiaux. Ensemble, nous avons commencé à élaborer notre stratégie alimentaire globale.


Je terminerai cette intervention en vous présentant deux premières délibérations et un vœu symbolisant bien, je le crois, notre volonté de nous engager résolument dans une politique alimentaire locale, mais permettez-moi d'abord de vous résumer le cadre de nos actions.

Deux principes guident en effet nos réflexions et vont conditionner l'ensemble de nos actions.

1° Celui de travailler avec l'ensemble des citoyennes et citoyens qui souhaitent participer à ce grand chantier. Parents d'élèves, membres de la communauté éducative, responsables associatifs, représentants d'ONG, restaurateurs, commerçants petits ou grands, médecins pédiatres ou diététiciens, agents du service public, artistes, coopératives d'agriculteurs proches de nous… Toutes celles et ceux qui souhaitent participer à ce beau défi qui est de manger mieux, quels que soient les moyens dont on dispose, sont les bienvenu.es au sein des dispositifs qui existent déjà, ou que nous allons mettre en place dans les prochains mois. Le bien manger est un sujet trop sérieux pour ne pas être réfléchi de façon collective !


C'est, par exemple, selon ce principe que ma collègue Dominique Attia a mis en place, dès la fin du mandat précédent, une commission regroupant les parents d'élèves et les agents responsables de ce service au sein de l'administration, afin de choisir les menus proposés dans nos cantines scolaires.

Et, c'est selon ce même principe que nous allons organiser dans des prochains mois des groupes de travail chargés de réfléchir à notre stratégie alimentaire d'ensemble. J'aurai l'occasion de vous présenter ce chantier d'ici quelques semaines, mais sachez déjà que le fruit de leurs réflexions seront présentés lors d'États généraux de l'alimentation à l'échelle locale. Cela se tiendra d'ici quelques mois – dès que la pandémie actuelle sera, nous l'espérons tous, derrière nous.

2° Deuxième principe : travailler selon deux temporalités. Trouver de multiples solutions pour répondre à la précarité alimentaire comme le font mes collègues Florian Vigneron et Halima Menhoudj ne peut évidemment pas attendre ! Il faut répondre aux besoins de la population ici et maintenant.


À l'inverse, des projets comme la mise en œuvre d'une restauration collective publique accessible à toutes celles et ceux qui en ont besoin, au-delà de la seule communauté scolaire actuelle, demande, vous le comprendrez bien, des études et réflexions poussées.

Dans cette période vraiment difficile aux plans sanitaire, économique, social et écologique, nous avons pour ambition de parvenir à répondre à l'urgence, tout en posant les bonnes fondations pour construire l'avenir.


J'en viens donc aux deux délibérations qui vous sont proposées.

L'une concerne l'adhésion au Pacte de Milan. Comme son nom l'indique, ce Pacte a été élaboré puis signé à Milan, en 2015, par 45 villes de tous les continents, soucieuses de favoriser des systèmes alimentaires durables, garantissant équité sociale et économique pour tous les acteurs de la chaîne alimentaire (consommateurs comme producteurs). Elles sont aujourd'hui plus de 200 – dont Barcelone Dakar, Washington, Rio de Janeiro, Arusha, et Bordeaux, paris, Lyon, Grenoble, Nantes, par exemple en France. Notre adhésion marque avec force notre volonté de nous inscrire dans ce mouvement en instaurant une gouvernance alimentaire locale et en facilitant l'approvisionnement et la distribution alimentaires. Elle nous permettra en outre d'échanger les bonnes pratiques des unes et des autres et, pourquoi pas, d'envisager également de nouvelles coopérations avec certaines des villes du sud où sont nées de nombreuses familles montreuilloises.

L'autre délibération concerne le soutien à la production agricole qualitative et bio, de proximité. À 20 km au nord-ouest de notre ville, se trouvent certaines des dernières terres agricoles de la zone dense de la métropole parisienne. Entre Gonesse et la zone aéroportuaire de Roissy Charles de Gaulle, plusieurs centaines d'hectares étaient il y a peu encore, voués à devenir une sorte de grand complexe commercial : EuropaCity. Un « grand projet inutile » comprenant même une piste de ski synthétique ! Surtout : un projet destructeur de terres agricoles. Sous la pression de très nombreux acteurs, le projet est désormais abandonné par le gouvernement et nous nous en réjouissons. Mais il reste menacé par d'autres projets difficilement explicables, comme une gare en plein champ dont beaucoup s'accordent à déplorer le non-sens économique. Le projet Carma, Coopération pour une ambition rurale métropolitaine et agricole, s'est alors construit en réponse à ces projets d'un autre temps. Avec le souci de construire l'alliance entre les citadins que nous sommes et les agriculteurs locaux, il propose un projet alternatif à toujours plus de bétonisation, avec de l'agriculture maraîchère, un centre de transformation de production, une plateforme de compost et la création d'un réseau favorisant les synergies entre différentes initiatives territoriales liées à la transition agroalimentaire. Et pour démontrer sa faisabilité, les paysans locaux ont besoin de rencontrer la demande engagée et régulière de villes proches. Pour commencer à doter la ville d'un système d'approvisionnement alimentaire de proximité, pérenne, nous vous proposons donc de soutenir ce projet et la démarche de tous les acteurs au sein de cette coopérative.

Enfin, le vœu associé à ces deux délibérations est un soutien à une autre réforme de la politique agricole commune (PAC) européenne que celle qui se prépare actuellement entre ministres européens de l'agriculture. Premier budget de l'Union européenne, cette PAC repose majoritairement sur un système de subventions fondé sur les « aides à l'hectare ». Plus une exploitation est vaste, plus elle obtient de subventions et ceci, sans conditions environnementales, sociales ou de bien-être animal. Alors que la nouvelle PAC pour la période 2021 – 2027 est en cours de négociations et qu'elle doit être votée au printemps prochain au sein du Parlement européen, nous proposons de soutenir la plateforme « Pour une autre PAC » et de rejoindre ainsi la mobilisation en France de 75 villes et communautés territoriales, de 43 organisations membres dont Terre de Liens et la Confédération Paysanne avec lesquelles nous travaillons déjà, mais aussi la LPO, le Réseau Action Climat, Les Greniers d'Abondance, Greenpeace ou Agronomes et vétérinaires sans Frontières. Et ceci avec une exigence fondamentale : si nous voulons, dans nos villes, pouvoir manger des produits bio, sans pesticides, en circuits courts, alors il faut que l'Europe aide les paysans à s'installer dans ce sens. Et qu'elle arrête d'enrichir, par exemple, la Reine d'Angleterre ! Il faut que les subventions accordées permettent l'évolution de nos systèmes de production, en permettant par exemple aux terres agricoles du bassin parisien de nourrir les populations d'Ile-de-France avec du maraîchage bio, plutôt que d'être destinées à des monocultures destinées à l'exportation, qui plus est fortement consommatrices en intrants et en pesticides.


Mesdames et Messieurs, je m'arrête là, et vous propose donc de voter : notre adhésion au Pacte de Milan, notre soutien à la coopérative Carma et notre engagement à agir aux côtés des maires de toute l'Union européenne pour orienter la future PAC vers une Politique Agricole et Alimentaire Commune (PAAC) conforme à nos ambitions en matière de qualité alimentaire.

Je vous remercie.



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