Budget de Montreuil, un équilibre entre réponses aux urgences quotidiennes et investissements

Conseil Municipal du 31 mars 2021

Intervention de Mireille Alphonse sur le budget 2021


Monsieur le Maire,

Mes cher·e·s collègues,

Chères Montreuilloises et chers Montreuillois,

Un an après la crise sanitaire du COVID, le vote du budget de notre commune prend évidemment un relief tout particulier.

Nous nous en souvenons, le budget de l’année écoulé a contraint la ville à effectuer des dépenses exceptionnelles liées à la précarité issue de la crise créée par la pandémie. Et ceci, souvent en raison de la défausse chronique du gouvernement face à un certain nombre de ses responsabilités.

Rappelons, par exemple, les 2,2 millions d'euros pour l’achat d’équipements de protection et de produits sanitaires, pour la distribution de chèques services, afin d'aider les familles qui n'arrivaient plus à nourrir leurs enfants lorsque la restauration scolaire avait été fermée, ou les achats alimentaires pour les plus précaires – je pense notamment aux résidents du 138 rue de Stalingrad ou de la rue des Néfliers.

Rappelons également la prise en compte de la mobilisation exceptionnelle des agents pendant le premier confinement. Tout cela a pesé sur le budget 2020 et nous sommes fier·e·s des décisions et actions prises alors !

Tout ceci révèle en effet l’importance de la commune dans sa fonction de service public local de proximité essentiel à la vie de l’ensemble des habitants. Sans cette solidarité, les conditions de beaucoup auraient été littéralement insupportables.

Le budget de cette année 2021 est, malheureusement, à nouveau impacté par la pandémie que nous connaissons. Au premier plan des missions de service public renforcées cette année par notre municipalité, soulignons celle de la protection sanitaire. Nous nous félicitons du rôle primordial de nos services sociaux et de santé, notamment dans la facilitation de l'accès à la vaccination pour les Montreuilloises et les Montreuillois qui, auparavant, avaient des difficultés d’accès aux rendez-vous médicaux sur les plateformes numériques. Bravo et merci aux équipes de nos centres de santé et du CCAS !

Dans ce contexte sanitaire et social, le budget 2021 qui nous est présenté ce soir préserve un niveau d'investissement à hauteur de 37,6 millions d'euros.

Au regard des menaces qui vont peser sur les futures dotations de l’État aux communes (l’État, nous le savons tous, atteint des niveaux d'endettement qui n'augurent pas une très grande largesse dans les années qui viennent), cet investissement de 37,6 millions d'euros permet, encore, d'assurer un équilibre fragile entre réponses aux urgences quotidiennes et investissements d'avenir. Mais nous savons que les grands chantiers attendus par les habitants de Montreuil depuis des années, je veux parler des rénovations des quartiers de La Noue et du Morillon, ou encore du dossier dont j'ai la charge – la restauration collective – devront bénéficier de solutions financières … qui restent à concevoir. C'est un travail complexe que nous devrons poursuivre dans le cadre de l'élaboration de notre Plan Pluriannuel d'Investissement.

Cela étant dit, nous devons l’équilibre budgétaire obtenu cette année à une gestion prudentielle et aux efforts faits dans la maîtrise des dépenses de fonctionnement, souvent portées par les agents communaux – qu'ils en soient remerciés, profondément. Nous le devons aussi à des rentrées exceptionnelles liées aux droits de mutations, avec en particulier une cession importante, le Valmy, situé avenue Léon Gaumont (générant à lui seul, le quart des recettes des droits de mutation).

Grâce à ces efforts, l’épargne brute couvre le remboursement de l’emprunt. C'est une bonne chose que l’auto-financement d'une capacité de 27,6 millions d'euros constitue la première ressource de financement des investissements inscrite au budget 2021. Non par réflexe d'orthodoxie budgétaire, mais parce qu’il est un gage d’indépendance, ou du moins d’une certaine autonomie dans la gestion communale.

Au-delà de ces remarques, nous voulons aussi insister sur les incidences des choix budgétaires effectués dans la lutte contre le dérèglement climatique et, plus largement, pour la transition écologique de nos territoires urbains.

En effet, de la même manière que nous écologistes, sommes favorables à un budget genré, comme cela a été initié sous le précédent mandat par notre collègue Anne-Marie Heugas dans le secteur des Sports et de la Jeunesse, pour s’assurer de la bonne lisibilité des volumes de dépenses accordés aux femmes et aux hommes dans un but d’égalité qui reste un combat ; de la même manière, nous sommes favorables à un budget climatique, permettant une lisibilité des dépenses consacrées à la lutte contre le changement climatique. Certes, les contraintes imposées par la nomenclature budgétaire, par les modes de facturations ne rendent pas forcément l’exercice aisé, mais pour nous, cela doit être un objectif si l’on veut bien vérifier que les intentions de lutte contre le réchauffement climatique se traduisent en actes concrets ! C'est pourquoi nous nous réjouissons de l'annonce faite dans la délibération n° 15, portée par notre collègue Yann Leroy, d'un prochain groupement de commande avec Est Ensemble pour évaluer nos politiques budgétaires au regard des exigences de la lutte contre le changement climatique.

À l’heure où nous dénonçons la vacuité du projet de loi gouvernemental Climat et résilience, où nous participons aux Marches pour le climat, qui fédèrent des milliers de citoyens dans la rue, ce dimanche encore, notre ambition politique est de prendre notre part, au plan communal et intercommunal, dans la nécessaire transformation des modes de vie de nos sociétés urbaines. Nous savons que nous allons vers des années où les canicules dureront plusieurs semaines, il est temps pour nous d'agir !Je sais que c'est notamment dans cette optique qu'Est Ensemble va lancer cette année une convention citoyenne pour le climat à l'échelle du territoire et de ses 9 villes. Nous nous en réjouissons et la soutiendrons parce que nous avons la conviction que la participation des citoyennes et citoyens est une des clés du succès, face au plus grand défi du siècle.

À ce titre, nous saluons que ce budget réserve la moitié de la part d’investissement (24,9 millions d’euros dont 17,7 millions d’euros de crédits nouveaux) à l’entretien lourd du patrimoine avec une large part dédiée à la rénovation énergétique des écoles et des bâtiments publics. Et ceci, même si nous voudrions faire plus, et plus vite, à la fois pour des raisons de surconsommation énergétique et pour des raisons de confort d'usage, lorsqu'il fait beaucoup trop chaud dans certaines écoles dès le printemps, pour faire classe dans de bonnes conditions !

Nous le savons, le niveau des besoins de rénovation scolaire est d’ampleur, et beaucoup restera à faire au-delà de ces premières programmations.

Autre sujet : celui des aménagements de voies cyclables. Oui elles sont perfectibles, et oui il en faut davantage ! Diminuer sensiblement la part de la voiture individuelle dans notre ville, ce n'est pas une injonction d'écologistes punitifs, c'est une question de santé publique. L'air que nous respirons est bien souvent… irrespirable ! Mais pour favoriser la place du vélo, pour sécuriser les trajets des piétons, il faut une voirie de qualité. Et là, force est de le constater, le budget des aménagements de voirie est insuffisant, au regard de l'état général de nos rues et de nos trottoirs.

Au croisement des enjeux de mobilité et de promotion de la nature en ville pour une meilleure protection de la biodiversité, nous allons entrer dans le gros dossier de la gestion des abords du Tram, 5 hectares de part et d’autres de la ligne T1. Pour nous écologistes, cet espace devra faire la part belle à la nature en ville ! Et les budgets à venir devront le refléter.

Cet espace libéré par la déconstruction de l'ancienne branche d'autoroute va en effet être une belle opportunité pour créer de petites forêts urbaines et recoudre les anciennes continuités naturelles. En suivant les travaux d'Est Ensemble ayant mené lors du précédent mandat à l'élaboration de la Trame verte et bleue du territoire – c'est-à-dire au dessin des différents corridors écologiques qui permettent à la biodiversité de Seine Saint-Denis de se développer – nous devrons par exemple veiller à relier les continuités entre les parcs Montreau, Beaumonts et les Murs à pêches, tout en assurant de nouveaux cheminements pédestres accessibles à tous les habitants.

Nous ne sommes pas dupes : la convoitise immobilière sur ces terrains va s’exercer ! Il nous faudra savoir y résister. Et à quelques mois des élections départementales, nous formons le vœu, pour que la gauche rassemblée dans toutes ses composantes, dont les écologistes, soit en ordre de bataille pour atteindre cet objectif. Plus de vert et moins de bitume ou de béton : c'est une exigence de très nombreux habitants et cela devient, là encore, un enjeu de santé publique. Pour cette année, de nouveaux arbres commencent déjà à être plantés dans la ville, ce dont nous nous réjouissons. Et dans les prochaines années, nous souhaitons que le budget réservé au verdissement de nos quartiers puisse augmenter.

Vous ne serez donc pas étonné·e·s que face à des enveloppes budgétaires certes présentes, mais qui restent contraintes, nous soyons en désaccord clair avec le choix d’investir d’importantes sommes dans la vidéo protection à hauteur de 1 million d’euros en investissement. Un montant qui sera générateur d’importantes dépenses de fonctionnement par ailleurs. Non pas que nous y soyons opposés par fétichisme ! Tout au contraire : nous sommes très attaché·e·s à la sécurité des habitants. Mais parce que l’efficacité de la vidéoprotection n’est toujours pas prouvée dans la diminution des actes violents envers les personnes, parce que la possibilité de dimension liberticide n’est pas absente, nous pensons que l’investissement dans l’humain doit être privilégié.

Nous préférerions que soient recrutés davantage de policiers municipaux, et en amont, davantage de médiateurs. Le service de médiation est en effet reconnu, il a fait la preuve de sa pertinence pour prévenir, pour réguler, pour désamorcer les conflits.

Nous avons cité des alertes pour parvenir à faire « plus » dans l'avenir, et un choix avec lequel nous sommes en désaccord : ces différences d'approche avec le budget qui nous est présenté ce soir, ne nous font pas négliger tout ce que notre majorité parvient à réaliser dans un contexte global particulièrement difficile – et je le souligne en conclusion, notamment dans le domaine sanitaire !

Nous sommes donc, nous écologistes, solidaires de la majorité municipale montreuilloise et du budget présenté ce soir, et notre groupe EELV- Montreuil-Écologie votera ce budget.

Je vous remercie


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