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Familles Rroms du 250 Boissière : une lettre de Claude Reznik

05/08/2016

Avec son accord nous diffusion ici une lettre de Claude Reznik, Adjoint délégué à la coopération, aux solidarités internationales et aux populations migrantes, en réponse à une interpellation de Mme Marie-Geneviève Guesdon, du Collectif Romeurope 93.

 

Bonjour Marie Geneviève,

Vous avez bien voulu me mettre en copie du courrier que vous envoyez au maire de Montreuil, Patrice Bessac au sujet des familles du 250 Boissière.
En l’absence du maire, je voudrais pour ma part revenir sur un peu d’histoire.

Ces familles, expulsées d’un squat avenue Wilson à Montreuil en 2011 si ma mémoire ne me trahit pas, ont exigé à l’époque que la municipalité les reloge et ont occupé le jardin du centre de loisirs Résistance. La ville, alors engagée dans un important dispositif d’accompagnement de 103 familles – la MOUS roms de Montreuil, beaucoup décriée par certains quant à sa taille – n’avait les moyens ni financiers, ni fonciers, de prendre en charge ces familles supplémentaires.
Elles se sont ensuite installées sur le terrain de sport Wighisoff à la Boissière. La ville a alors lancé un appel à toutes les bonnes volontés afin qu’un engagement collectif soit pris pour venir en aide et héberger à tour de rôle ces familles. Plusieurs associations ont répondu à cet appel, mais malheureusement seulement deux ont mis la main à la pâte, la Maison Ouverte, qui a hérité d’une facture d’eau de plusieurs milliers d’euros, et la Parole Errante, qui au bout de quelques mois s’est fait taper sur les doigts par sa tutelle, le CG93. La ville n’a alors eu d’autre choix que d’accepter les familles dans un centre de quartier, ce qui a eu pour effet d’y suspendre toute activité associative.

Au bout de plusieurs mois, les familles se sont déplacées vers le local municipal du 250 bd de la Boissière, où la ville, qui n’a jamais accordé de bail précaire, a réalisé pour plusieurs milliers d’euros de sécurisation de l’installation électrique, et pris à sa charge les consommations de fluides durant les années qui ont suivi. Un projet de retour au pays, à l’instar de ce qu’avaient réalisé Nantes Métropole et la région Rhône-Alpes, a été travaillé avec l’OFII et l’ambassade de France à Bucarest, mais n’a pu voir le jour au vu du profil socio-économique des familles et du positionnement des « judets » d’origine.
Est-il utile d’ajouter que ces actions ont été réalisées sans aucun concours financier extérieur ?

Durant tout le temps de la présence des familles dans le lieu, tant lors du précédent mandat que de celui-ci, la ville n’a cessé de leur répéter et particulièrement par mon intermédiaire en tant d’adjoint en charge de ces questions, qu’elle ne pourrait les reloger et qu’il leur était accordé un peu de temps pour trouver d’autres solutions d’hébergement par elles-mêmes. Parce qu’elle n’en avait ni les moyens financiers, ni le foncier disponible (NDLR : ce qui est toujours le cas aujourd’hui), et il semble que les outils mis à disposition dans le cadre de la Stratégie régionale pour les campements illicites en Ile de France du préfet Carenco ne soient pas d’un grand secours pour résoudre le problème, mais j’y reviendrai par la suite.

Lorsqu’en octobre 2015 un violent incendie fragilisait en profondeur la structure métallique du bâtiment, le maire de Montreuil signait à juste titre une demande d’évacuation pour péril imminent. Le local ne pouvait alors être ni sécurisé ni reconstruit, à moins d’être entièrement rasé, ce que sa présence au sein de la ZAC Boissière-Acacia interdisait. J’ai de nouveau prévenu les familles, devant témoin puisque des animateurs de l’association Rom réussite assuraient la traduction, que le préfet de SSD ferait vraisemblablement appliquer la décision de Justice d’ici quelques temps, mais que la ville de Montreuil ne serait pas en mesure de les reloger.
Et pourtant, j’ai avec mon collègue Florian Vigneron, en charge du CCAS, demandé à nos administrations de faire le nécessaire auprès de la DRHILL 93 pour que les familles dont les enfants sont scolarisés puissent être relogées afin de préparer une rentrée plus sereine. Les quatre familles identifiées ont malheureusement refusé les propositions pour des raisons qu’il ne m’appartient pas de juger.

Alors oui, cette expulsion a été réalisée sans qu’à aucun moment la circulaire interministérielle d’août 2012 ne soit en quelque point respectée. Et j’en suis autant choqué que vous, d’autant qu’avec le 1er adjoint, Ibrahim Dufriche-Soilihi, nous avions attiré l’attention des autorités compétentes sur les risques d’une expulsion « sèche » qui mettrait et les familles et la ville de Montreuil en difficulté, avertissement que j’ai répété lors d’une séance de travail à la préfecture de région Île-de-France, comme lors de l’entrevue des élus avec Mme Emmanuelle Cosse, ministre du Logement et de l’Habitat durable.

Vous faites référence au courrier que la ville de Montreuil a co-signé avec d’autres collectivités à l’attention de cette dernière, j’ajouterai au dossier les 6 propositions des mêmes collectivités dans le cadre du travail d’élaboration de la Stratégie régionale, dont le préfet Carenco a peu ou prou tenu compte.
Nos inquiétudes étaient malheureusement fondées. L’État est en recul sur la question des Roms, laissant les municipalités bénévolantes se dépatouiller comme elles le peuvent.
Il est bien évidemment nécessaire d’intégrer progressivement ces familles dans les dispositifs du droit commun de l’emploi, du logement, de la scolarité et des soins comme vous-même l’écrivez. C’est ce qu’a tenté bénévolement l’association Roms réussite, avec des moyens extrêmement limités. Et la présence à ses côtés des grands opérateurs appuyés par les moyens de l’État aurait été la bienvenue.

C’est pourquoi je compte sur les associations comme la vôtre pour faire pression sur l’État – la Préfecture de Région, la Préfecture de SSD, la DIHAL – pour que la circulaire d’août 2102 soit appliquée dans son intégralité a posteriori, pour qu’un diagnostique social soit effectué, pour que les personnes les plus fragiles ( malades, personnes âgées, enfants en bas âge, femmes enceintes) soient prises en charge et pour qu’un hébergement soit proposé aux familles.
Vous trouverez sur cet objectif la ville de Montreuil à vos côtés. Ce n’est que de manière collective qu’une solution pourra être envisagée.

Je vous prie de recevoir mes meilleures salutations.

CLAUDE REZNIK
Maire adjoint, délégué à la Coopération,
à la Solidarité internationale,
et aux Populations Migrantes

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